samedi 31 mai 2008

Le tunnel de vie


"Voir me coute d'ouvrir les yeux à tout ce que je ne voudrais pas voir"
Antonio Porchia



Je m'avance lentement. Le tunnel est long, grand. Je regarde, et j'admire. De tout coté je contemple éperdument les cieux de ce chemin de vie. Mes pupilles furètent et se stoppent aux endroits les plus intrigants. Ils s'arrêtent sur ces mots de deux syllabes, sur ces phrases de sentiments, sur ces paroles d'amour et de passions. Ils s'arrêtent d'eux même et me font m'interroger. Ils me font m"interroger sur ces actes passés, sur ces paroles dévoilées, sur ces intentions abandonnées. Ces interrogations sont infinies et pourtant tellement délimitées car souvent réitérées. Elles sont la, présentent dans ce tunnel, assimilable à ces nuages de poussière qui s'élèvent sans cesse de ce sol dénué de tout.

Et ce sol, je le dis dénué de tout mais il est habité de nombreuses choses. Il serait je pense difficile d'en définir la base, c'est à peine d'ailleurs s'il est possible de la voir tellement les parcelles qu'il est possible d'entrevoir sont infimes. Il est recouvert de choses innommables, de choses qui le rendent fragile, bancal. A chaque pas que je fais, je me demande si tout ne va pas s'effondrer. Puis je me dis que tout ceci n'est qu'une funeste illusion créée par une chimère vengeresse quelconque afin de la faire disparaitre. Cependant, tout ne disparait pas, cette illusion tellement réel perdure partiellement et je m'égare alors entre la réalité et cette fiction passagère. Derrière moi je peux voir de petites fissures se creuser. Ce sont ces amoncellements d'un passé de souffrance, décatis, qui les ronges un peu plus.

Puis je m'arrache à la contemplation de ce sol et j'essaye de regarder en l'air. J'ai l'impression qu'un dôme recouvre ce tunnel. Je ne sais si se sont des sons, des images ou bien des odeurs qui le forme et le délimite. Mais à travers celui-ci je peu voir la pluie et entendre les percussions qu'elle produit dessus, ainsi que le ruissèlement sur sa forme arrondie. L'eau s'écoule, mais n'attend jamais l'intérieur du tunnel. Malgrès cela, la symphonie est des plus apaisante et tout m'obligerait à rester là afin de l'écouter indéfiniment, seulement un évènement viens m'arracher à cette douce écoute.

Au devant de moi une forme m'est apparue. Indécise, fantomatique et tellement énigmatique. Je ne saurais dire de qui il s'agit, si ce n'est que c'est une femme. Sans la voir, je peux certifier qu'elle est belle, gracieuse, élégante et enjouée. Seulement, elle n'apparait que par intermittences, et c'est entre ces intermittences que le temps semble devenir une éternité alors qu'une seconde s'est écoulée. Une brume indicible l'entoure et l'accompagne. Est-il ainsi possible de s'accrocher à cette forme brumeuse et inconsciente? Cela, je ne le sais pas, et je préfère la laissé comme faisant partie intégrante de chemin rectiligne et enfermé.

Il m'est impossible d'entrevoir le bout de ce tunnel, mais je ne peux qu'espérer qu'il soit long et agréable. Je ne peux m'attarder à le mirer trop longtemps, mais je peux me contenter de le vivre pleinement afin de profiter de ses moindres instants de bonheur purificateur. Alors que cette pensée me vient, la lumière semble pâlir. Cette affaiblissement semblent amener les démons du passé, les souffrances refoulées, les erreurs délaissées. Je ne sais si je pourrais les rejeter indéfiniment, mais en attendant, j'aspire à en tirer un enseignement. Je marche, et ce chemin de la vie s'étend à mes pieds.

|V|